Le gris, c’est quoi ? Ce que vous respirez déjà sans le savoir
Aujourd’hui, environ 95 % de l’hydrogène mondial est dit « gris ». Pour le fabriquer, on chauffe du gaz naturel à très haute température — un procédé appelé vaporeformage. Résultat : on obtient de l’hydrogène, mais aussi beaucoup de CO₂ rejeté dans l’air. C’est le même gaz à effet de serre que celui qui sort du pot d’échappement d’une voiture. En résumé, l’hydrogène gris pollue autant, voire plus, qu’un carburant ordinaire si on compte l’énergie dépensée pour le produire.
L’hydrogène « bleu » est un hydrogène gris auquel on a ajouté une étape : le CO₂ produit est capturé et stocké sous terre ou sous la mer au lieu d’être libéré dans l’atmosphère. C’est exactement ce que fait l’usine Yara aux Pays-Bas depuis septembre 2026 : elle capture 800 000 tonnes de CO₂ par an pour les enfouir sous la mer du Nord. Le bleu reste imparfait — tout le CO₂ n’est pas capturé — mais il émet nettement moins que le gris.
Le vert, c’est le rêve — mais pourquoi est-il si cher ?
L’hydrogène « vert » est fabriqué par électrolyse : on fait passer un courant électrique dans de l’eau pure, ce qui la sépare en deux gaz, l’hydrogène et l’oxygène. Si l’électricité vient d’une éolienne ou d’un panneau solaire, aucun CO₂ n’est émis. C’est le carburant propre dont tout le monde parle. Problème : cette technique consomme beaucoup d’électricité. Une voiture à hydrogène vert utilise environ cinq fois plus d’électricité renouvelable qu’une voiture à batterie pour parcourir le même trajet. Ce n’est donc pas le meilleur choix pour votre trajet domicile-travail — en revanche, pour les camions longue distance, les avions et les navires, où les batteries sont trop lourdes, l’hydrogène vert devient vraiment intéressant.
La bonne nouvelle : les chercheurs travaillent à réduire son coût. En septembre 2026, une équipe coréenne a annoncé une électrode d’électrolyseur à base de nickel et de cobalt, 99 % moins chère que les électrodes en platine utilisées aujourd’hui, et plus performante. Si cette technologie passe à l’échelle industrielle — les chercheurs visent des appareils de plusieurs mégawatts —, le prix de l’hydrogène vert pourrait chuter significativement.
Le blanc, c’est quoi ? La grande inconnue sous nos pieds
Il existe une quatrième couleur, encore peu connue du grand public : l’hydrogène « blanc », aussi appelé hydrogène naturel ou géologique. Contrairement aux autres, celui-là n’est pas fabriqué par l’homme : il se forme naturellement dans la croûte terrestre, quand certaines roches réagissent avec de l’eau souterraine — un procédé appelé serpentinisation, comme une réaction chimique lente qui dure depuis des millions d’années. Si l’on pouvait l’extraire comme on extrait du pétrole, son bilan carbone serait presque nul, car aucune électricité ni aucun gaz naturel ne serait consommé pour le produire. L’objection habituelle sur l’efficacité énergétique de l’hydrogène vert — ce rapport de 1 à 5 avec la batterie — ne s’appliquerait tout simplement pas.
Pour l’instant, aucune exploitation commerciale n’existe en Europe. Des sondages géologiques sont en cours dans plusieurs pays pour évaluer le potentiel de ces ressources souterraines. Le résultat reste incertain, mais l’enjeu est énorme : si des gisements exploitables étaient confirmés, cela pourrait transformer l’économie de l’hydrogène propre.
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