Des lacunes de certification apparaissent dans le cadre de ReFuelEU Aviation
Les premières données relatives à la première année d’application du mandat SAF au Royaume-Uni révèlent une incertitude quant à la réalisation des objectifs de conformité, selon GreenAir News. Ces résultats mettent en lumière un défi réglementaire croissant : si ReFuelEU Aviation impose des taux d’incorporation de SAF progressivement plus élevés — incluant un sous-objectif pour les e-carburants de synthèse —, les schémas de certification n’ont pas encore harmonisé la vérification des matières premières ni le reporting de la chaîne de traçabilité. Au titre de RED III, le SAF biogénique doit démontrer le respect des seuils liés aux changements d’affectation des terres et aux économies de gaz à effet de serre, tandis que les filières e-SAF requièrent une attestation d’électricité renouvelable et une preuve d’additionnalité.
Ce régime de certification à double voie a mis au jour des goulots d’étranglement dans l’infrastructure d’audit. Les fournisseurs de carburéacteur signalent des retards d’approbation, les autorités nationales compétentes peinant à traiter la documentation relative aux nouvelles technologies Power-to-Liquid et alcool-to-jet. L’interaction entre les calendriers de transposition des États membres et les normes européennes centralisées a engendré un patchwork d’exigences, compliquant les échanges transfrontaliers de carburant et freinant la fongibilité dont les compagnies aériennes ont besoin pour satisfaire leurs obligations par route.
Les inflexions politiques stimulent l’investissement malgré l’incertitude réglementaire
En dépit des frictions réglementaires, les signaux politiques continuent de mobiliser des capitaux. Green Sky Capital a obtenu en mai 2026 un financement pour une installation de biocarburants d’une capacité de 200 000 tonnes par an — incluant du SAF — sur le Canal de Suez en Égypte, en s’appuyant sur les critères de durabilité de RED III pour attirer des acheteurs européens. Parallèlement, le Département de la Défense des États-Unis a attribué à Air Company un contrat de 65 millions de dollars pour de l’e-SAF, illustrant comment la politique d’achats militaires peut réduire le risque des filières émergentes et accélérer les précédents en matière de certification. La collaboration militaire entre Rheinmetall et Ineratec sur l’e-SAF illustre davantage encore la convergence transatlantique sur les normes de qualification des carburants de synthèse.
Sur le plan technologique, le Los Alamos National Laboratory a annoncé fin mai 2026 qu’un SAF bio-acétone dérivé de pailles de maïs offre une densité énergétique supérieure de 12 % à celle du carburéacteur conventionnel — une marge de performance susceptible de simplifier la certification au titre des annexes ASTM D7566 et d’assouplir les contraintes liées aux taux d’incorporation maximaux. De telles avancées pourraient inciter l’Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne (EASA) et les autorités nationales à réviser les procédures d’approbation des carburants drop-in, harmonisant potentiellement les délais de certification avec les objectifs sectoriels 2030 de RED III.
Perspectives : harmonisation ou fragmentation ?
Les parties prenantes du secteur appellent à la création d’un portail de certification européen unifié et à des accords de reconnaissance mutuelle simplifiés, afin de prévenir toute divergence juridictionnelle. Sans harmonisation accélérée, le risque est que l’ambition de ReFuelEU Aviation dépasse la capacité administrative à vérifier la conformité, retardant la montée en puissance du marché et contraignant les compagnies aériennes à recourir à des mécanismes de book-and-claim onéreux plutôt qu’à des livraisons physiques de carburant. Les observateurs s’attendent à ce que la Commission européenne publie des orientations précisant l’additionnalité des e-carburants et la comptabilité par bilan massique au cours du troisième trimestre 2026, une initiative qui pourrait stabiliser la confiance des investisseurs et libérer la prochaine vague de financements de projets à travers le continent.
Sources
- Les premières données révèlent une incertitude quant au respect du mandat SAF britannique dès sa première année – GreenAir News
- La crise pétrolière pourrait soutenir une industrie du carburant d’aviation durable en difficulté
- Les dernières avancées dans la technologie des carburants d’aviation durables – 12 mai 2026
- Les carburants durables attendus dans les stations, flottes et vols d’ici 2026
Image à la une via Unsplash.