L’usine égyptienne marque une étape régionale en matière de certification
L’annonce par Green Sky Capital d’une installation SAF de 145 000 tonnes par an en Égypte, financée avec le concours des conseillers White & Case, établit la première raffinerie de ce type en Afrique et au Moyen-Orient. La viabilité du projet est conditionnée à l’obtention de la certification européenne au titre de la directive sur les énergies renouvelables III (RED III), qui fixe les critères de durabilité, les seuils d’émissions de gaz à effet de serre sur le cycle de vie et les normes de traçabilité pour les carburants renouvelables d’origine non biologique (RFNBO).
La proximité géographique de l’Égypte avec l’Europe et son abondant potentiel en énergies renouvelables la rendent attractive pour la production Power-to-Liquid ; toutefois, l’obtention de la conformité RED III demeure le passage obligé. L’installation doit démontrer que l’hydrogène utilisé comme matière première est produit à partir d’électricité renouvelable, que les réductions d’émissions dépassent 70 % par rapport au kérosène fossile, et que les critères d’additionnalité — garantissant un accroissement des capacités renouvelables plutôt qu’un détournement de l’approvisionnement existant — sont respectés. Sans audits tiers accrédités et une comptabilité de masse-bilan transparente, le kérosène de synthèse ne peut pas être comptabilisé au titre des obligations des compagnies aériennes dans le cadre des mandats SAF progressifs de ReFuelEU Aviation, qui atteignent 2 % de mélange en 2025, 6 % en 2030 et 70 % d’ici 2050.
L’accord SWISS-Metafuels anticipe les quotas de 2030
Le partenariat de SWISS avec Metafuels pour l’approvisionnement en SAF issu du méthanol à partir de 2030 souligne que le secteur aérien a pris conscience que la conformité à ReFuelEU Aviation ne peut attendre. Les voies méthanol-vers-carburéacteur — déjà soumises aux procédures d’approbation de l’annexe ASTM D7566 — offrent des filières modulaires et évolutives vers un carburant substituable, mais chaque lot doit être accompagné d’une certification de durabilité valide, reconnue à la fois par les cadres ASTM et RED III, pour être éligible au titre des quotas.
La coordination des certifications entre les régimes américain et européen constitue un défi persistant : l’ASTM approuve les spécifications techniques, tandis que RED III régit la comptabilité carbone sur le cycle de vie et la provenance des matières premières. Les compagnies aériennes qui s’approvisionnent en e-carburants dans plusieurs juridictions doivent naviguer entre des audits se recoupant, des documents de traçabilité chaîne de garde et des registres de type book-and-claim — une complexité que Kenya Airways a mise en lumière en plaidant pour des systèmes simplifiés permettant de gérer simultanément les mandats européens et britanniques. Le contrat d’enlèvement anticipé de SWISS témoigne de sa confiance dans la capacité de Metafuels à obtenir les certifications nécessaires bien avant le seuil de 6 % fixé pour 2030, réduisant ainsi le risque d’approvisionnement et les pénalités potentielles pour non-conformité.
L’instabilité géopolitique renforce la dynamique réglementaire
Un nouveau rapport sectoriel publié le 12 mai soutient que les raffineries SAF contribuent à la sécurité énergétique lors des crises sur le marché pétrolier, un message amplifié par les récentes turbulences géopolitiques. En diversifiant les matières premières pour s’éloigner du pétrole brut et en ancrant la production dans des régions disposant d’excédents d’énergies renouvelables, les e-carburants certifiés réduisent l’exposition aux chocs de prix des combustibles fossiles. Cette logique stratégique accélère le soutien politique : la Commission européenne a indiqué qu’elle pourrait renforcer les normes d’audit RED III pour prévenir l’écoblanchiment, tandis que les États membres débattent de l’opportunité de relever le sous-mandat de 1,2 % pour les carburants de synthèse dans le cadre du quota SAF global de 2030. Un durcissement des règles de certification favoriserait les grands projets bien capitalisés, tels que l’installation Green Sky en Égypte, en écartant potentiellement les producteurs de plus petite taille, incapables de financer une infrastructure de conformité complète.
Sources
- Liquid e-fuels for a sustainable future: A comprehensive review of production, regulation, and technological innovation
- Beyond fossil: the synthetic fuel surge for a green-energy resurgence
- E-Fuel Market Expected to Reach US$ 215.51 Billion by 2032 as Synthetic Fuels Accelerate the Global Energy Transition
- What are e-fuels and synthetic fuels?
Image mise en avant via Unsplash.